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READ MY BOOK

Les Conséquences de la raison
en 6 mouvements (un 7e en cours d'écriture)
126+51+190+124+107+401 = 999 pages
écrites depuis le mois d’août 1998
à télécharger gratuitement au format .pdf
actuellement en cours de révision poussée
format : A5 ; corps : 11 ; police : Times
à la recherche d’un éditeur

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SCHEDULE MY LECTURE

What the hell to do? (account of an attempt
at a life intended to be reasonable)

about 70 minutes long
speeches + narrations + actions + dance
I need a video projector
I speak French, an interpreter can be needed
price: 500 US$ to haggle
notice: contains nudity & heavy interactivity

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SCHEDULE MY CONCERT

Na K pump (hernia style)
about 50 minutes long
voice + beat box + synthesizer + effects
composed improvisations
I sing and dance live on a recording
I need a 300W minimum sound system
price: 500 US$ to haggle
notice: contains nudity & physical aggressions

Seen alive last time in: Asuncion, Paraguay.


20.02

Les installations de Maurizio Cattelan sont à l'art ce que les blagues dans les Carambar sont à la littérature. (J'aime beaucoup les blagues Carambar.) (Dans les Carambar.)

16.02

15.02

14 février, une deuxième intoxication alimentaire (la précédente au mois de janvier, toujours à Asunción). Celle-ci m’a terrassé à deux heures du repas incriminé — pris vers 14h30 dans la cambuse habituelle, à dix mètres de mon hôtel —, de manière foudroyante. J’ai commencé par jouer alternativement du cul et de la bouche jusqu’à me vider complètement. Douleurs musculaires, abdominales, un grand état de faiblesse, et magistraux maux de tête. Bien qu’exsudant de douleur, je me refuse l’antalgique dans mon sac, à portée de main, acheté pour les cas extrêmes dans la jungle, ne jugeant la situation suffisamment dramatique. Je me tiens pourtant à peine debout. Éprouve des difficultés à parler. À écrire ce court paragraphe. Pas de fièvre — dit ma main —, mais une nausée à n’en plus finir.

Maintenant, même je vomis toute l’eau de bue pour me réhydrater. Mes entrailles tolèrent rien.

5 heures du mat’. Encore éveillé, je dois une nouvelle fois me lever pour aller vomir (genre la quarantième), et cette fois ce n’est plus de l’eau. Je vomis vert sapin. Quatre jaillissements. Puis un jet rouge sombre, puis trois jets tout noirs. Vomito negro. Comme en cas de fièvre jaune. Contre laquelle je me suis vacciné depuis belle lurette, avec tous les rappels. Je ne sais pas ce qu’il se passe dans mon corps, mais je refuse de payer pour un médecin. Un médecin me prescrirait les antalgiques que j’ai et que je ne prends pas, me conseillant de boire un max. J’aimerais plutôt pouvoir m’offrir une meilleure nourriture. Mais je suis pauvre.

12.02

Ma correction progresserait tellement plus vite… Je dois arrêter de tenter de faire sonner mon texte aussi bien que de la poésie : vu le volume de phonèmes à traiter, je ne peux espérer y arriver à moins de ne plus jamais vivre. Quand les mots que j’ai de collés comportent trop ou pas assez de syllabes et me font un rythme pas comme je le veux, je continue pourtant à chercher des synonymes et m’entête à répéter ces phrases à voix haute jusqu’à ce qu’elles me conviennent ou finisse par m’habituer à leurs faiblesses. Mes rythmes peuvent être ampoulés, empâtés, voir pied-bot, ce n’est pas inconvenant, pourvu qu’elles aient été désirées toutes les textures sont les bienvenues. Je souhaite obtenir une juxtaposition de tonalités discordantes façon collage, à l’image de ma personnalité.

Ma correction progresserait tellement plus vite si aussi je ne me rendais malade pour la mise en forme… J’ai dû interdire toute césure, car elles me révoltaient (il m’est déjà malaisément supportable de voir mes phrases sectionnées en bout de ligne, dans un monde idéal les phrases seraient toutes droites — une seule par ligne — dans des livres aux pages très larges). Aucun « Ta », « Je », « Ce », « La » etc. d’autorisé à s’établir en fin de ligne (un grand merci à ma meilleure amie la combinaison commande + option + x), et je ne peux tolérer qu’un paragraphe déborde d’une seule ligne sur la page suivante ou précédente. Pour la lui faire perdre ou lui en ajouter une (le faisant ainsi déborder de deux lignes ce qui, serrant fort les dents, peut être par moi enduré), j’agis sur l’interlettrage. C’est pareillement à l’interlettrage que je recours pour remédier à un paragraphe se terminant par une ligne trop courte (un mot isolé) ou longue — son décrochement final s’en trouvant atténué, il risque d’être visuellement confondu avec le paragraphe suivant. Trop souvent il advient que des paragraphes soient excessivement aérés et qu’alors il me faille réduire l’interlettrage à - 5, - 10, jusqu’à - 15 — quelques rares fois encore davantage. Après semblable intervention mes mots se trouvent parfois si affreusement comprimés qu’alors, récupérant l’espacement originel, il peut m’arriver de décider, pour combler le vide typographique, de tout spécialement trouver un mot à rajouter à la ligne critique m’ayant obligé à appliquer le déplorable tassement. Ici la forme influe le fond, c’est un scandale, certains termes parfaitement adaptés sont écartés juste parce que trop longs au mauvais endroit (dans une première, une deuxième ligne, un paragraphe court) ils causaient de disgracieux espacements. Il m’afflige que je fasse de telles concessions et perde tant de mon temps à ces byzantineries car publié, mon texte sera disposé en des colonnes d’une largeur différente, soumis à la mise en page de l’éditeur, et tous mes fins ajustements sauteront alors comme des malpropres.

Comme tout ce que je sécrète, mes textes ne groovent pas. Je continue à pondre des roues carrées.
 

11.02

Ça faisait des mois que depuis Berlin je fantastiquais sur les escorts d’Asunción aidé par des sites tels qu’asunsex.com.py et hot.com.py… Leur compagnie ne coûte que cent vingt mille guarani (PYG comme pig) de l’heure soit dix-neuf euros et j’avais prévu d’en foutre au minimum une par semaine, mais à moins d’être un magnat et d’avoir de conséquence sur elles droit de vie et de mort, j’ai vu combien une pute ça n’accepte rien, j’ai vu que je ne peux rien en faire. De plus, il vaut mieux que je garde tout mon argent pour au cas où je devais me retrouver sans plus aucune source de revenus ou du matériel cassé ou volé à remplacer. Avec les cent vingt mille guarani que coûte une pouffe je peux me payer de quoi manger midi et soir pendant cinq jours, ce n’est pas rien. Je m’abstiendrai donc de m’introduire dans Sofia, Sonia, Katya et Solidad de chez Haren Acompanantes, dans Valentina, Diana et Yanella de la maison Valkirias, dans Ivana et Montse, collègues de Natalia (la seule que je me sois torchée) chez Deseos, dans Sofi chez Agencia 69, dans Violeta et Angie de Casi Angeles, dans Gira et Ana aperçues travaillant auprès de Bellas Producciones, dans Adriana de Parada 3100, dans Luz, Carole et Jazmine de Clase A et les Independientes Yeruti et Cielo, toutes soigneusement sélectionnées. Ce qu’il y a de pénible dans cette résolution de prise, c’est que sur l’étroite cour sur laquelle donne la fenêtre de ma chambre, donnent également, en vis à vis, clignotantes, comme la mienne toujours ouvertes, quatre des fenêtres d’un bordel opérationnel vingt-quatre heures sur vingt-quatre — à quatre mètres à vol d’oiseau. L’ambiance que ça fout chez moi pendant que je m’écris est tout à fait sympathique — jusqu’à l’aurore leurs piaillements me parviennent assez pour me faire vivre comme étendu sur leurs cuisses et quand elles ont personne, elles décompressent se lâchant pour un karaoké aussi fastidieux qu’il est touchant et donc charmant —, mais le fait est que toutes ces intonations m’amènent sans répit à penser à leurs cons en libre-service — accessibles simplement descendant dans la rue puis remontant au même étage par leur escalier sur l’Azara — me maintenant de la sorte dans un état d’excitation sexuelle permanente et ça, ce n’est pas cool du tout.

05.02

Tant que je n’aurai achevé la révision de mon livre, je me sentirai livré au danger comme menotté les mains dans le dos. Je vous explique :

Mes revenus sont maigres et précaires, or, pour accomplir ce travail, je dois obligatoirement habiter les hôtels afin de bénéficier jour et nuit d’une connexion internet. Si ces revenus devaient subitement cesser — comme ils le peuvent —, ma correction se verrait interrompue jusqu’à ce que je puisse trouver un travail ici sur place et une amitié connectée chez qui loger en colocation. Mais ainsi je ne pourrais plus consacrer tout mon temps à cette tâche, et mes conditions de travail ne seraient aussi bonnes qu’elles le sont actuellement dans ma chambre d’hôtel. De plus, là je flippe sans arrêt sur une possible défaillance de mon matériel informatique, sans lequel je serais dans l’impossibilité de continuer. Mon ordinateur est vieux de cinq ans et a beaucoup servi, mon disque dur externe fait des manières pour s’activer. Les pires trucs que je crains en ce moment : la casse de mon laptop (son système de ventilation tourne constamment à plein régime, d’ infinitésimales fourmis rouges se baladent sous les touches du clavier, le plafond, profondément fissuré, pourrait tomber tout d’une pièce sur mon bureau, ce bureau est si mal réparé que mon plan de travail risque de se déboîter sous le seul poids de la souris) ; le vol de mon laptop (avant toute absence — une seule fois par jour, quand je vais manger le midi et par la même ramener dans un tupperware le second repas — je débranche ça et planque Mac et disque dur sous une armoire à battants la faisant basculer sur son arête gauche). Car avant l’achèvement de cette réécriture je ne peux me permettre d’aborder le sérieux, à savoir ce pour quoi je suis ici : la jungle. Trop de chances pour que j’y meure, et pas envie de laisser derrière moi un texte qui ne m’honorerait un minimum. Celui-ci est la seule production qui puisse ne pas me faire me mépriser, qui puisse me faire croire que je vaille un petit peu quelque chose. C’est pour cela que je lui consacre tout ce temps de ma vie comme s’il m’était vital : parce qu’il ne m’est possible de jouir de quoi que ce soit tant que je ne m’aimerai un tant soit peu — et là me revient à l’esprit la citation d’Oscar Wilde au début du premier mouvement de mon livre. Alors d’abord je corrige mon livre, ensuite je file jouir dans la jungle. (Et le premier qui me contrarie en me disant « Mais qu’est-ce que tu nous racontes là ? Tu es déjà parfaitement digne de ton estime ! », je lui arrache la mâchoire inférieure pour m’en servir de boomerang qui ne revient pas.) Si je ne travaille pas mon livre c’est que je suis en train de dormir, si je ne suis pas endormi c’est que je m’affaire à pétrir ce foutu texte. Je dois maintenir cette routine. Et me préserver de tout ce qui pourrait m’en éloigner, retardant l’échéance de ma libération. D’ici la fin de la besogne, toute activité autre sera jugée inopportune et par conséquent refusée. Ce livre est mon ennemi, à cause de lui je vis en Amérique du Sud comme je vivrais en Alsace.

Voilà ma situation. J’espère que vous comprendrez maintenant cette histoire de danger avec menottes. Pour lutter contre l’action corrodante du mépris que je me porte il me suffirait d’entrer dans la jungle afin de commencer à y souffrir, mais je ne peux y concéder tant que mon livre n’est pas prêt, pour la raison précédemment invoquée ce livre m’en empêche, il m’empêche de me défendre, il est cette paire de menottes de laquelle petit à petit je me dégage. Tant que les six mouvements des Conséquences de la raison ne seront en ligne sur mon site révisés de fond en comble, je me sentirai éminemment vulnérable.
 

01.02

Je suis en train de réviser le premier mouvement de mon livre afin d’en réaliser une septième mouture. Ce qui me fout les boules quand je tourne une page me disant « Allez, cette fois c’est bon, c’est bien exprimé, il n’y a plus rien à changer, je peux me permettre de passer à la suite », c’est de savoir qu’en en étant à la septième mouture, je me sois dit la même chose six fois avant celle-là (ce n’est pas une, ce n’est pas deux, ce n’est pas trois, mais bel et bien six fois que j’aurai donné mon aval à des pages aussi mal fichues !) Je suis aujourd’hui aux trois quarts de sa correction, et songeant à combien de maladresses j’ai encore une fois dû laisser y survivre, je dois me faire violence pour ne pas séance tenante recommencer à le parcourir à partir de sa première feuille, espérant me rassurer. Toutes les fois que par le passé je suis retourné lire ce texte pour m’en réjouir, je me suis au contraire désespéré du nombre de passages calamiteux. « Mais comment ai-je pu me contenter de ça ? » Pas un seul paragraphe qui me satisfasse. Je dois l’accepter : mon livre jamais ne sera admissible, je suis condamné à le corriger en boucle toute ma vie durant.

Après six moutures, subsistent encore tellement de mauvaises formules que c’est très difficilement que je progresse de quatre pages par jour, pour cette septième. Ce livre est pour moi une malediction. Je le vois, et pourtant je ne peux ne pas l’écrire : je ne pourrais le contenir.

29.01

Hôtel Embajador, je révise mon livre.

22.01

Cette nuit le veilleur de mon hôtel a insisté pour me sucer, même que par deux fois il a posé sa main sur ma bite et ses lèvres sur les miennes, mais rien à faire, ça m'excite pas du tout, même que ça me révulse, j'ai dû repousser ses civilités. J'en suis vraiment désolé, ce serait tellement plus pratique si j'étais bi.

09.01

À partir de maintenant — si ce n'est pour cette petite conférence que je dois préparer pour le premier jour du mois de février —, si je ne serai pas à travailler mon livre c'est que je serai en train de dormir, si je ne serai pas endormi c'est que je serai affairé à la reécriture de mon livre. Rien qui puisse me ralentir. Pour bouffer ça va être un plat vite astiqué à l'ombre des frondes de la plaza de los Heroes, et le soir, le contenu du tupperware que m'aura rempli par la même occasion cette madame au gros derche de la plaza de los Heroes.

07.01

Jamais entrevu une blatte aussi grande, et elle est dans ma chambre. Cinq centimètres facile. Hotel Embajador — exit l'Hotel Atlantic. Je vais rester ici pendant un nouveau mois.

06.01

J'ai eu un beau rêve avec Avril Lavigne, en ce matin du 6 janvier. Tout en tendresse. J'ai aimé ces moments avec elle. Mais quand les paparazzi se sont pointés, je me suis tiré vite fait pour pas lui causer des ennuis avec ma modeste mauvaise renommée.

04.01

Cette année 2011, d'après l'outil statistique de mon hébergeur, des internautes seront arrivés sur mon site en engageant les recherches suivantes (ici un best of) : "ma mère me branle ; elle fait trop souvent l'amour elle a la chatte irritée ; raie des fesses poilue ; monocouille sensation ; petite femme fragile que baigne la rosée ta grâce et ta pureté témoignent de ta frêle naiveté ; scène banane pénétrant vagin adolescente ; je promène ma queue sur la petite poitrine de l'adolescente excitée ; vieilles mémères guettent la sortie de l'ecole pour sucer avaler le sperme des garçons ; chatte poilue pénétrée par grosse bite ; photo gratuite de déjection anale crade de femme mûre et culotte pleine de merde et de sperme uniquement ; ma femme tète la bite de notre chien ; ma machine à coudre bien enculée ne prend pas le fil de canette ; vingt serpents lèchent le dos et le buste d'une nana en sous-vêtements ; m'embrasser peut provoquer des douleurs anales ; je m'habitue à me faire pisser dessus ; je recherche un objet déco c'est un homme qui est accroupi qui a les bras ouverts où l'on découvre tous ses muscles ; je salis nouvellement mon slip par l'anus trop souvent ; je veux donner mon sperme sur Paris donnez votre numero de portable ; ma bite me brûle à cause d'une chatte rouillée ; imbécile ver de terre excrément de la terre Pascal Blaise ; quelles sont les techniques de gnose pour pouvoir récupérer les fonctions cérébrales et mon énergie que j'ai dépensée en me masturbant" Et la plus longue : "ici mon chien ! je lui mets des chaussettes me déshabille déjà toute mouillée me mets à quatre pattes sur le canapé son museau où il faut... il lèche toute ma mouille ! c'est bon c'est bon pendant cinq minutes facile... un regard sur son sexe tout dur sorti mon coeur bat à fond quand tout à coup il me grimpe dessus je le sens bouger... son sexe touche mes fesses mon vagin mais pas de pénétration... je me cambre un peu plus mais rien il a l'air aussi impatient que moi" — Pourquoi que cherchant ça ils débarquent sur mon site ? Je ne le comprends pas. Qu'ai-je à faire avec le fil de canette ?

02.01

Je suis en train de corriger le premier mouvement de mon livre afin d'en réaliser une septième mouture. Ce qui me fait peur quand je tourne une page me disant "Allez, cette fois c'est bon, c'est bien écrit et exprimé, y a plus rien à changer, je peux me permettre de passer à la page suivante", c'est de savoir qu'en en étant à la septième mouture, je me sois dit la même chose six fois avant celle-là. Pourtant, toutes les fois que je reviens sur ce texte pour m'en réjouir, je m'alarme au contraire du nombre de passages malheureux. "Mais comment ai-je pu laisser passer ça ?" Pas un seul paragraphe de satisfaisant. J'en suis aujourd'hui aux trois quarts de sa correction, pensant à combien de maladresses j'ai dû encore une fois laisser y survivre je dois me faire violence pour pas retourner immédiatement le lire à partir de la première page et espérer me rassurer. Je le dois accepter : mon livre jamais ne sera validable. Après six moutures, subsistent encore tellement de mauvaises formules que c'est très difficilement que je progresse de dix pages par jour pour cette septième. Trente minutes par paragraphe, quand c'est des courts. Autrement je m'englue sur plusieurs heures. Une catastrophe. Ce livre est pour moi une malediction. Je le vois, et pourtant je ne peux ne pas l'écrire.

31.12

Nous devons certes tenter de vivre notre vie rêvée, mais cette vie rêvée doit connaître la réalité. Attention, j'ai dit "la réalité", et non pas la-peur-à-l'égard-de-tout-ce-que-la-réalité-pourrait-nous-permettre-de-faire-de-nos-vies-si-seulement-nous-acceptions-de-les-vivre-angoissantes ! — De toute façon vous n'échappez à l'angoisse… — Nous ne pouvons pas rêver de marcher sur le soleil mais ne venez pas me raconter que vous ne pouvez trouver moyen d'abandonner mère, femme, enfants, maison, voiture et travail à leurs sorts pour aller vivre seuls sur les routes — si tel est votre rêve — et ce parce que ce serait irréaliste !
 

31.12

Le super-pouvoir : "Yeah. So basically all that I do is point at something and say “art”. That’s what my job is." Dan Colen

24.12

Sur l'étroite cour sur laquelle donne la fenêtre de ma chambre, donnent également cinq des fenêtres d'un bordel — en vis à vis, à quatre mètres à vol d'oiseau. Sympathique pour l'ambiance. Jusqu'aux quatre heures du mat leurs piaillements me parviennent assez pour me faire vivre comme sur leur cuisses. C'est dans pareille posture que je travaille à la correction de mon livre.

24.12

In the neighborhood of my hotel.

19.12

Room 3, Hotel Atlantic, Asuncion, Paraguay.

18.12

Hier j'ai assisté à un festival de black metal paraguayen. Comme il convient que ce soit, impossible de savoir qui a joué cette nuit-là tellement les noms sur l'affiche étaient embrouillés de fioritures. Attendrissant… Au cours du pogo — auquel j'ai grandement contribué malgré la faible densité du public  — j'ai par deux fois heurté un auditeur lambda, heurts suite auxquels j'ai ressenti comme de subtils picotements. J'ai imaginé le port d'un typique bracelet à pointes et, en effet, après coup, une fois la musique finie, une fois observé un certain nombre de rigoles de sang tirant leur souce de la chair de mon bras, j'ai pu constater que le type en question portait bel et bien un tel accessoire vestimentaire mais couvrant jusqu'à tout son avant-bras et avec carrément des clous de cinq centimètres de long émergeant à intervalles, bien espacés que leur nuisance soit maximale.

18.12

Tellement j'ai pris l'habitude de tout noter , que je vois ma mémoire rapidement s'accourcir. Ainsi, quand je prends une douche, je me lave deux fois le pied gauche ou deux le droit. Enfin je crois…

18.12

Pourquoi, recevant ma carte de visite, lisent-elles toutes "orgasm",  alors qu'il est écrit "organism" ?

18.12

Une alternance de bonnes et de mauvaises décisions.

18.12

La mort est un événement ponctuel, car après, plus rien, pas même de mort. Nous verrons… Non, nous ne verrons probablement pas.

12.12

Un gros problème, dans Asuncion : passées les 15 heures, il n'y a plus un endroit où manger. Des restos pour nantis. Mis à part ceux-là, nada. Les Assomptionnais dînent chez eux. À midi en ville, et le soir à la maison. Après 20 h les rues sont désertes. Aucune raison de circuler. Ne circulent que des suspects. Heureusement, j'ai aujourd'hui été informé de l'exception : "Las Delicias", sur la Yegros. Ouvert 24/24, 7/7. Une dizaine de plats honnêtes. Pas plus de 15 000 guarani chacun. Toujours accompagnés de mandioca. Repère de chauffeurs de taxi. Faut juste pas se distraire trop longtemps, sinon les blattes passent du mur à l'assiette.
 

09.12

Ici-bas le compte rendu cette fois au complet de ma visite à la Rochina. Sachez qu'il y a des compte rendus d'écrits que je ne peux publier dans mes news, ils apparaîtront probablement dans le 7e mouvement de mon livre. (Le 6e mouvement s'étant conclu le 20 novembre dernier — je dois le retravailler avant de vous le rendre disponible.)

09.12

Dimanche dernier je suis allé voir dans la favela Rocinha. Un ônibus jusqu'aux balbutiments de l'Estrada da Gavea, et de là à pied, montant. Des villas retranchées, puis subitement, un jovial vieux nègre accoutré en pute — maintenu debout par deux potes — et un robocop sur ses gardes, à l'arme impressionnante. Je la joue naturel et entre nonchalent dans la première gargote. Là m'accueille un gaillard une étoile à cinq branches sur son torse nu. Je demande une boisson, je reçois la boisson, il me suggère une soupe, je demande la soupe, je demande de la viande, il me sert de la viande, plus un extra de viande, pour mes beaux yeux. "Rua 3?" Non, pas ici la Rua 3, mais lui et deux autres hommes hurlent pour faire revenir sur ses tours de roues un moto-taxi qui venait de passer. Celui-là me dépose à l'embouchure de la Rua 3, qui coincide avec l'embouchure de la Rua 4, ainsi je m'égare un instant. Enfin dans le bon conduit — tellement mince que je n'avais su le voir comme étant une rue —, sécurité oblige, je le descends comme si j'avais été un habitué. Je croise un type pieds nus transportant sur son dos un meuble ne pouvant que râcler de part et d'autre les murs. Grâce à Lorenzo je dispose d'un contact : une certaine Valdete (prononcer "Vaoudetchè"), et Cara Suja son bras droit - ou garde du corps, chéri, j'ai pas bien compris. J'ai fait leur nom devant au final une dizaine de personnes, toutes ont su m'indiquer le chemin, me permettant d'approcher petit à petit jusqu'à trouver. Leur maison verte. Vu la qualité de cette demeure respectivement à ce qui la jouxte, ils ont bien dû se marrer mes  interlocuteurs à m'entendre systématiquement préciser, au sujet de Valdete : "C'est une dépilatrice !" M'étonnerait que l'on puisse se payer pareil confort en n'arrachant que des poils. Mais passons. Je suis accueilli avec bonne humeur. Ils se souviennent de Lorenzo. Je les trouve tous deux installés au salon devant une télé à l'écran dernier cri mais à l'image si tourmentée qu'il me serait impossible d'y tremper les yeux plus de cinq secondes sans me dire que je suis en train de les flinguer. Cela ne semble pas les importuner. Cara Suja me fait accéder à la terrasse, que je m'extasie de la vue d'ensemble sur sa favela, et de celle - à mon goût plus enviable - sur l'abyssale paroi rocheuse nous séparant de Vidrigal, l'autre grande favela. De retour au salon ils me demandent la raison - de ma venue. "Baile Funk !" Ils me répondent que y a plus, depuis l'occupation/pacification de la favela par les forces de police. Je fais mine d'être super triste. Alors ils me parlent du Baile Prohibido devant se tenir la nuit même. Nous nous mettons d'accord pour que l'un des fils m'y amène, bien sûr je paierai également son entrée. Mais pris de court, je vois que je devrai d'abord rentrer là où je crèche à Santa Teresa pour récupérer ma carte bancaire et retirer du cash. Je sors, suivi de Cara Suja, qui veut me faire visiter son quartier. Il me montre Bob's — qui n'est pas un sex shop mais un fast food brésilien —, il me montre l'hôpital (tout en préfabriqué amovible) et dedans, affiché, l'organigramme du corps médical y exerçant, il me montre la salle et la scène où se prépare le Baile Prohibido de ce soir. Sortant du gymnase où les graines de champions jouent au foot, quelque part plus haut une rapide engueulade immédiatement suivie d'une décharge de quatre coups de feu. Aucun commentaire de la part de Cara Suja. Not our business. La visite continue. Des forces spéciales de partout. Tous en noir de la tête aux talons. Gilets pare-le-maximum et fusils massacreurs chargés. Mes déplacements avec Cara sont suivis avec attention. J'ai beau le lui avoir répété dix fois, vu ma supposée condition fortunée il ne peut pas m'imaginer rentrer en bus. Il me dirige ainsi au bas d'une autre pente, là où la grande route émerge du tunnel, afin de me procurer un taxi. Il me demande — non pas dix fois, mais cette fois mille — si je veux qu'il vienne avec, et après lui avoir répondu autant de fois "Désolé, je ne comprends pas ta question !", je finis par dire oui. Je dis "Oui" plutôt que "Non", car les quelques fois où dans ma simulation d'incompréhension j'ai tenté de lui laisser entendre qu'éventuellement je pourrais vouloir me passer de ses services, il a exprimé d'assez nets signes d'irritation. Parvenus à la route, bondissant tantôt à droite tantôt à gauche pour surgir au bon moment sur la voie principale ou l'allée marchande — c'est un peu comique —, il aura hélé une vingtaine de taxis avant de m'en assurer un. En effet, Cara Suja signifie littéralement "visage sale" — moins littéralement "sale gueule", "sale type". Voilà pourquoi tous les chauffeurs décident de ne pas s'arrêter, de ne pas avoir affaire à lui. — Peut-être aussi une histoire de réputation personnelle, mais je ne suis pas au courant. — Le taxi qui nous embarque nous embarque parce que piégé : le véhicule était garé pour permettre un changement de conducteur, le conducteur arrivant ne pouvait nous refuser, au risque d'agacer mon guide indésiré yeux dans les yeux, même si tout petit bonhomme. Vingt minutes et nous sommes à Santa Teresa. Devant le domicile de Camila. Le gardien de l'immeuble, me reconnaissant, ayant débloqué la grille d'accès, Cara Suja me colle de près pour entrer à ma suite. Ma ça je ne peux le permettre. Il me faut cette fois m'opposer à sa volonté. Lui faire comprendre possiblement sans le vexer que bien qu'il m'ait, lui, fait pénétrer sans hésitations dans sa demeure, je ne vais pas manifester une hospitalité semblable. Délicat… Mais lui explique : "Si c'était ma maison tu pourrais bien sûr renter ; mais c'est là la maison d'une amie qui ne te connaît, je ne peux me permettre de t'inviter." Ouf, il comprend, et accepte. Et m'attend gentiment dehors. Alerté par la présence de Cara Suja, le gérant du luxueux hôtel limitrophe est dans la rue, accompagné de trois gardes probablement armés, et me voyant m'approcher me prévient — en anglais, puis en parfait français — : "Restez éloigné de cet individu, monsieur. Il est perché. Très haut perché." Apprenant que je suis venu avec lui, que je projette de retourner à la favela, danser, il hallucine et me dit : "Il n'y a pas de fêtes, en ce moment dans la favela. Si effectivement il y en a une, ce n'est pas un Baile Funk mais un bal de tueurs." Oui ; et c'est bien ce que j'éspérais. Nous remontons dans le taxi, je dois trouver un distributeur de cash. En bout de course l'opération m'aura coûté 85 R$ au lieu des 2,5  pour le même trajet en bus. Car bien sûr je dois également payer le retour de Cara Suja en taxi. Je tends la somme au chauffeur. Cara Suja me dit : "Tu a donné 85 R$." Ben oui, c'est ce que je dois payer. "C'est ce que je dois payer", je dis, d'ailleurs. "Tu a donné 85 R$." "Oui, c'est ce que ça coûte." "Tu a donné 85 R$." "J'ai donné 85 R$ parce que le prix est 85 R$." Ça y est, c'est reparti… Pris dans un mauvais sandwich le conducteur, situé entre moi déjà dehors et Cara Suja à la place du mort, ne sait plus quoi foutre de ses mains. Jugeant à ses postures, je vois qu'il aurait envie d'ouvrir la portière pour s'enfuir à toutes jambes. Cara Suja est à nouveau tendu et je ne sais me l'expliquer. Je cherche à croiser le regard du chauffeur pour l'inciter à m'expliquer, mais il tente de ne rien regarder. "Tu a donné 85 R$. Donne-moi 10 R$ pour manger." Ah ! Eh ben voilà ! Ce n'était que ça… Je lui file 20 et tous soulagés, le taxi décolle. Je crois Cara Suja à mon égard tout à fait bien intentionné — il ne voulait que me servir de factotum —, seulement, faute à ma non connaissance du portugais, c'est le merdier. Ce serait déjà un merdier parlant portugais (son cerveau est ravagé), combien davantage dans mon cas. Je ne peux me le permettre, parce que merdier de l'espèce chère. Je suis venu en Amérique du Sud pour me confronter à des merdiers, mais des merdiers dans mes cordes, de ceux pas chers en thune, c'est-à-dire jungle et cannibales. J'imagine combien de fric il s'attendrait que je claque si je retournais participer au baile… J'y renonce. Je ne veux mettre en danger la réalisation de mes autres projets, prioritaires. Dommage pour les "montagnes de mujeres" qui m'avaient été assurées. Ce que j'ai vu sur place était d'une grande qualité et étonnamment, du pas vulgaire.

 

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